Du Sri-Lanka à La Réunion, en passant par l’Indonésie (actualisé)

Migrants : "nous voulons simplement vivre libres"

Ils sont 120, dont neuf femmes et 13 enfants. Arrivés samedi 13 avril 2019 dans le port de Sainte-Rose, ils seraient tous Sri-lankais. Leur bateau est parti d’Indonésie. Près de 7.000 kilomètres parcourus en 17 jours, sous un soleil de plomb, pour fuir les persécutions ou tout simplement dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Aujourd’hui, ils sont hébergés à Sainte-Marie, dans un gymnase, transformé par arrêté préfectoral en zone d’attente. (Photo : RB/Imaz Press Réunion)

Pas d’entraînement pas de compétition dans le gymnase Duparc. Pendant un certain temps, il sert de zone d’attente pour accueillir les migrants. Les ballons et les cônes sont remplacés par les 120 lits picot, les grandes tables et les chaises. Pour faire oublier qu’il fait 40 degrés à l’intérieur, trois ou quatre ventilateurs ont été installés.

Autour du cou, les migrants portent tous une étiquette où est inscrit un numéro. Venus seul ou en famille, ils ont tous une histoire différente.

Nipouni, son mari et ses deux enfants de 8 et 2 ans

Les larmes aux yeux, Nipouni raconte leur voyage. Ils viennent de l’est du Sri-Lanka, d’un petit village. Ils ont pris un avion pour l’Indonésie dans l’espoir de trouver là-bas un passeur. Toute la famille a embarqué pour 7.500 euros environ. Le trajet sur le bateau a été très éprouvant. "Nous avions peu d’eau, peu de nourriture. Pour les enfants c’était très difficile. Ils étaient affamés. Nous faisions tout pour les abriter du soleil et de la chaleur. Et la fatigue… c’était tellement fatiguant," relate-t-elle dans un anglais approximatif. S’ils sont partis, c’est parce qu’ils sont Tamouls chrétiens. Elle raconte que son mari a été menacé, persécuté. Leur aîné, âgé de huit ans est aussi malade, "il n’y a pas là-bas de médicament pour le soigner. Il est très malade, il a tout le temps de la fièvre," explique Nipouni. "Nous voulons rester à La Réunion," termine-t-elle

Sampath, une trentaine d’années

"J’ai quitté le Sri-Lanka il y a plusieurs mois. Je suis allé en Indonésie. J’y suis resté quatre ou cinq mois, puis on m’a parlé d’un bateau qui partait pour la Nouvelle Zélande. Je l’ai pris," explique Sampath. Il ignorait qu’il se rendait à La Réunion. L’homme parle peu anglais, il raconte que s’il a quitté son pays natal c’est à cause des "dangers," sans en dire plus. "Je ne veux pas y retourner, la vie est impossible là-bas," insiste-t-il.

Thisal et Diham, deux hommes âgés d’une trentaine d’années

Couchés sur le sol du gymnase, à quelques mètres du précieux ventilateur, les deux hommes, sri-lankais, ont le sourire. Ils ne se connaissaient pas avant de prendre le bateau en Indonésie. Ils ont fait connaissance pendant le trajet. Thisal est passé par Singapour avant d’arriver en Indonésie, Diham par la Thaïlande. Tous les deux ont des cicatrices sur les bras.

Ils ont chacun payé dans les 8.000 euros les passeurs. Leurs familles les ont aidés. "J’ai travaillé au Qatar, puis en Arabie saoudite comme ouvrier en bâtiment. J’ai mis de l’argent de côté," ajoute Thisal. Tous les deux sont célibataires, ils n’ont pas de famille ni d’amis en Europe ou ailleurs. "Nous voulons simplement vivre libres," répètent-ils souvent.

Wiki, 22 ans, son épouse et leur petite fille

Wiki a lui aussi un parcours différent. Tamoul, il a quitté le Sri-lanka avec sa famille il y a déjà un moment. Il ne veut pas parler des problèmes là-bas, "pas aux média," insiste-il. Passant par la Malaisie, ils sont arrivés en Indonésie, à Jakarta, il y a quatre ans. De petits boulots en petits boulots, la vie n’était pas facile pour eux là-bas. "Nous ne pouvions pas rester là-bas, nous n’étions pas libre: la langue, ma fille était tout le temps malade, elle n’avait aucun avenir là-bas."

Le passeur lui a demandé environ 2.600 euros "ce n'est pas cher. Certains ont payé ont beaucoup plus. Chaque personne est différente, veut partir pour des raisons différentes. Mais tous pensent tous à une vie meilleure," explique Wiki.

Sur le bateau, le trajet était long et fatiguant. "Le soleil était brûlant, parfois il pleuvait. J’étais toujours malade, pendant dix jours, je mangeais peu et je vomissais. C’était très dur," souffle Wiki.

Au début du voyage, il raconte que le capitaine et les mécaniciens, indonésiens, ont effectué plusieurs arrêts, Wiki n’en sait pas plus, il ne savait absolument pas où il se trouvait. "Les premiers dix jours le voyage s’est bien passé. Après c’était très dur, les problèmes s’enchaînaient," ajoute-il.

Les prénoms ont été modifiés

nt/rb/www.ipreunion.com (mis en ligne lundi 15 avrilo 2019 à 14h43 - actualisé)